Comment sortir du triangle dramatique en entreprise ?
Comment sortir du triangle dramatique en entreprise ? Le triangle de Karpman, ou triangle dramatique, est un modèle d’Analyse Transactionnelle créé par Steve Karpman. Il décrit une dynamique d’interactions, les jeux psychologiques, basée sur trois rôles que nous pouvons incarner : le Persécuteur, la Victime et le Sauveteur.
En entreprise, ces dynamiques peuvent nuire à la collaboration, au travail et à l’ambiance générale. Dans cet article je vais vous expliquer comment identifier ces rôles et comment en sortir pour favoriser un environnement de travail sain et constructif.

Les rôles du triangle de Karpman
Le Sauveteur : Le rôle de Sauveteur prend sa légitimité lorsqu’il trouve une Victime à sauver de l’agression d’un Persécuteur. Il se fonde sur l’idée que la Victime ne peut se défendre seule.
Le Sauveteur dans une situation de sauvetage se pense plus compétent que la Victime (même s’il n’a dans les fait aucune légitimité ou compétence sur le sujet) pour décider de ce qui est bon pour elle et va aider la Victime sans qu’elle ne l’ait demandé et même, dans certaines situation, contre sa volonté.
Le Sauveteur méconnait la possibilité qu’a la Victime de se sortir seule de la situation.
Le persécuteur : Le rôle de Persécuteur libère son agressivité sur une Victime en l’infériorisant, la dévalorisant, pointant du doigt ses faiblesses…
Le Persécuteur méconnait la valeur et la dignité de la Victime.
La victime : C’est un rôle qui attirera le comportement d’un Sauveteur qui voudra lui venir en aide et celui d’un Persécuteur qui voudra le persécuter afin de satisfaire ses pulsions agressives.
La Victime se méconnait elle-même. Elle se considère soit comme quelqu’un qui mérite d’être rabaissé, soit comme quelqu’un qui a besoin d’assistance.
Les jeux psychologiques, tels que décrits par Eric Berne, fondateur de l’Analyse Transactionnelle, sont des interactions répétitives et souvent inconscientes qui peuvent générer des conflits et des tensions au sein des équipes. Ces jeux impliquent les rôles bien identifiables modélisés par Steve Karpman. Bien que ces dynamiques puissent sembler anodines ou même stimulantes à court terme, elles sont, si elles perdurent, nocives pour l’activité et le bien-être des employés.
Impact sur la communication : Les jeux psychologiques perturbent la communication essentielle à l’activité. Les participants à ces jeux adoptent des comportements manipulatoires et indirects, ce qui crée un climat de méfiance et d’incertitude. Les messages sont souvent déformés ou mal interprétés, ce qui aggrave les malentendus et les conflits. En conséquence, les employés peuvent se sentir isolés et incompris, ce qui nuit à la cohésion d’équipe et à la collaboration.
Effets sur la productivité : Les conflits générés par les jeux psychologiques détournent l’attention des employés de leurs tâches principales. Au lieu de se concentrer sur leurs objectifs professionnels, ils se retrouvent dans des dynamiques interpersonnelles parfois toxiques et toujours consommatrices de temps et de l’énergie. Le travail en souffre, car les efforts sont dispersés et les priorités deviennent floues. De plus, le stress et l’anxiété liés à ces interactions peuvent entraîner une baisse de la motivation et d’engagement des collaborateurs.
Conséquences sur le bien-être des collaborateurs: Les jeux psychologiques ont également un impact négatif sur le bien-être émotionnel et psychologique. Les jeux peuvent conduire à des sentiments de frustration, de colère, de désespoir… selon les personnes. Les personnes engagées dans ces dynamiques peuvent éprouver une baisse de l’estime de soi et un sentiment d’impuissance. À long terme, cela peut entraîner des problèmes tels que le burn-out, la dépression et l’anxiété.
Influence sur la culture d’entreprise : Enfin, les jeux psychologiques peuvent influencer et être influencés par la culture d’entreprise. Une organisation où ces dynamiques sont fréquentes est perçue comme un environnement peu fonctionnel. Cela peut nuire à la réputation de l’entreprise et rendre difficile le recrutement et la rétention des talents. Une culture d’entreprise toxique décourage l’innovation, la créativité et la prise de risques, limitant ainsi le potentiel de croissance et de succès de l’organisation.
La formule J (Jeu) d’Eric Berne
Eric Berne, fondateur de l’analyse transactionnelle, a développé la formule J pour modéliser les jeux psychologiques. Cette formule se compose de plusieurs étapes :
Appât + Point Faible = Réponse → Coup de théâtre → Moment de confusion → Bénéfice
En entreprise, cette formule peut être utilisée pour comprendre et désamorcer les dynamiques du triangle de Karpman.
- Appât : Le persécuteur, la victime ou le sauveur initie le jeu en exploitant un point faible chez l’autre.
- Point faible : La personne ciblée réagit en fonction de ses vulnérabilités, ce qui entraîne une réponse émotionnelle.
- Réponse : La réaction de la personne ciblée alimente le jeu, renforçant les rôles du triangle de Karpman.
- Coup de théâtre : Un événement ou une prise de conscience survient, souvent accompagné d’un moment de stupeur.
- Moment de confusion : Les participants réalisent la nature du jeu et ses conséquences négatives.
- Bénéfice : Le jeu se termine avec des sentiments inadaptés habituels (par exemple : frustration, déception, …) pour tous les participants, renforçant les dynamiques du triangle de Karpman.
Exemples de jeux psychologiques en entreprise
- « Oui, mais… » : Dans ce jeu, une Victime exprime un problème et chaque solution proposée par un ou plusieurs Sauveteurs est rejetée avec un « Oui, mais… ». Puis coup de théâtre les rôles changent, le Sauveteur peut se transformer en Persécuteur….Cela permet à la Victime de renforcer sa croyance que son problème est insoluble et elle ressortira du jeu avec un sentiment d’impuissance par exemple.
- « Pauvre de moi ! » : La Victime qui lance ce jeu se plaint constamment de ses malheurs et de la façon dont le monde est injuste envers elle. Elle cherche à attirer la sympathie d’un Sauveteur et éviter la responsabilité. Puis coup de théâtre les rôles changent, le Sauveteur peut se transformer en Persécuteur….
- « Pourquoi est-ce que tu ne…? » : Un Sauveteur propose des solutions à un problème sans que la Victime ne l’aie sollicité. Chaque suggestion est rejetée par l’autre avec des excuses. Puis coup de théâtre les rôles changent, la Victime peut se transformer en Persécuteur….Cela permet à la victime de se sentir justifiée dans son incapacité à résoudre le problème.
- « Regarde ce que tu m’as fait faire » : Dans ce jeu, un Persécuteur blâme les autres pour ses propres erreurs ou échecs. Cela permet au persécuteur de se sentir supérieur et de justifier ses comportements critiques.
Comment sortir du triangle de Karpman ?
Créer une culture d’entreprise positive notamment par la vigilance au cadre : Une culture d’entreprise qui valorise la collaboration, le respect et l’autonomie est essentielle pour éviter les dynamiques du triangle de Karpman. Les frontières organisationnelles doivent par ailleurs être claires et les fonctions de chacun définies.
Prendre conscience des rôles : La première étape pour sortir du triangle de Karpman est de reconnaître les rôles que chacun joue. J’encourage chacun à réfléchir à ses interactions et à identifier les comportements qui correspondent à ces rôles.
Développer et clarifier la responsabilité de chacun : Il est essentiel de responsabiliser chacune des parties prenantes et encourager à l’autonomie et la responsabilisation de chacun. Un « contrat relationnel » établi entre chacun permet également de clarifier les attendus dans la relation professionnelle et limiter l’incertitude propice aux jeux.
Mettre en place des formations et du coaching : Des formations sur la gestion des conflits, la communication et le leadership peuvent aider les employés à développer les compétences nécessaires pour sortir du triangle de Karpman :
- Identifier les étapes du jeu : Avec le regard extérieur d’un coach, par exemple, il est possible de décoder les étapes de la formule J dans les interactions. Cela permet de prendre conscience des dynamiques en jeu.
- Interrompre le jeu ou jouer léger si nous sommes « embarqués » : Une fois les étapes identifiées, il est possible d’interrompre le jeu à chaque étape. Par exemple, en évitant de réagir émotionnellement au point faible ou en prenant conscience du déclic avant qu’il ne se produise.
- Changer les comportements : En utilisant la formule J, il est possible de modifier ses comportements pour éviter de tomber dans les rôles du triangle de Karpman. Cela implique de développer des compétences en prise de recul, communication ou gestion des conflits.
En conclusion, les manifestations du triangle de Karpman en entreprise peuvent être ravageuses, mais il est possible de s’en sortir ou du moins en limiter les impacts en prenant conscience des rôles, en responsabilisant chaque individu, en créant du cadre, en favorisant la communication ouverte, en mettant en place des formations et du coaching, et en créant une culture d’entreprise positive. A vous de jouer !
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Caroline Wurth Carlicchi – Coach Certifié – 06 95 19 95 32 (Versailles – 78 – Yvelines – France)