Dans un précédent post “Profitez de votre expatriation!” je vous parlais de l’expatriation et son choc culturel qui peut durer jusqu’à un an.
Mon sentiment d’inadéquation, mon impression d’être étrangère dans mon propre pays, encore bien présents 6 mois après mon retour de 7 ans d’expatriation en Espagne puis en Inde, me donne envie de partager certains enseignements relatifs au retour d’expatriation. En effet, même si chacun de nous réagit au retour d’expatriation de façon spécifique, personnelle et en accord avec ses ressources, de nombreuses études ont permis de mettre en évidence des expériences partagées par la majorité des personnes en retour d’expatriation.
Le bouleversement du retour d’expatriation
Les “Impats” (terme récemment créé pour designer les expatriés revenant dans leur pays d’origine) rentrant après une période assez longue d’expatriation ont de grandes chances de vivre une expérience plus difficile que prévue. Mais ce n’est pas pour les raisons populaires (qui en passant n’aident pas…) habituellement invoquées : “Il n’arrivera jamais à vivre dans un appartement de 60 m2 après avoir eu une maison avec piscine.”, “Elle ne pourra jamais retravailler après s’être occupée de ses enfants pendant si longtemps.”, ” Ils ne savent plus tenir une maison sans personnel.”….
Oui, nous connaissons notre pays d’origine, ses codes, et nous nous sentons rassurés à l’idée de rentrer dans un monde connu et maitrisé. Et après tout, après des années d’expatriation, ne sommes nous pas devenu plus flexibles et capables d’adaptation rapide ? Néanmoins, le retour est souvent difficile et peut constituer un véritable « choc culturel inversé » (Re-Entry Syndrome – RES), pouvant durer jusqu’à deux ans.
Le choc culturel du retour c’est simplement le choc de retrouver des situations ou des endroits qui devraient être familiers mais ne le sont pas, de parler à des personnes qui devraient être proches, mais ne le sont pas… Il est plus déconcertant que le choc culturel à l’arrivée dans un nouveau pays car il s’agit du retour dans votre propre pays. Une personne rentrant dans son pays d’origine devra s’ajuster, redonner du sens à sa vie, s’adapter à son nouvel environnement (visuel, auditif, kinesthésique, gustatif, climatique, vestimentaire, linguistique, familial, social, politique, professionnel, culturel…). Le choc est donc un phénomène commun partagé par de nombreux Impats et qui peut être identifié par certaines des émotions ou impressions suivantes :
- Agitation,
- Tristesse, Inadéquation, Solitude, Déception
- Déracinement, Nostalgie de l’étranger, Ennui,
- Insécurité, Incertitude, Confusion, Frustration,
- Fatigue, Dépression,
- Régression ou Repli sur soi,
- Résistance et critique envers la culture, la politique, la famille, les amis non expatriés,
- Sensation d’être coincé, dans l’impasse…
Le gap culturel avec les amis, les collègues ou la famille non expatriés
ll n’est pas si facile d’échanger à nouveau avec des personnes n’ayant pas vécu votre expatriation. Votre expérience, qui est pourtant votre vie sur ces dernières années, ne les intéresse pas forcément, et vous n’avez plus les codes pour communiquer. En effet :
- les expatriés sont généralement plus rapides et plus directs pour aborder les autres. Ce qui s’avérait nécessaire en expatriation pour nouer rapidement des contacts avec d’autres expats “sur le même bateau”, mais qui peut surprendre de retour dans un pays dans lequel on ne parle généralement qu’aux personnes que l’on connait.
- les expatriés n’ont généralement pas acquis la culture du pays d’origine durant ces dernières années (musicale, cinématographique, artistique, politique…) et ne disposent donc pas de ces “matières” utiles pour échanger et nouer contact.
Cette incompréhension sur la nouvelle nature des échanges que vous avez avec les autres et sur les réponses que vous recevez peut donc naturellement vous faire sentir isolé et déprimé.
Si vous êtes conjoint d’expatrié, vous pouvez en faire particulièrement l’expérience car tout le monde autour de vous (y compris votre conjoint en poste et vos enfants scolarisés) semble installé avec une maison en ordre, un travail, des habitudes… mais pas vous. Et contrairement à l’ expatriation, il est peu probable que vos amis soient dans la même situation que vous. N’ attendez donc pas qu’ ils vous appellent !
Sur le plan social, amical ou même familial, la situation de retour d’expatriation peut être à l’origine de nombreux problèmes car ce processus est alors très semblable au deuil. Il s’agit du deuil d’une vie, de la vie d’expatrié. Les Impats passent donc naturellement par toutes les étapes émotionnelles du cycle de deuil. Tout comme dans le cycle du deuil, il est important de laisser les émotions s’exprimer et ne pas être dans le déni qui pourrait ouvrir la porte aux sabotages (consommation d’alcool, passivité, boulimie, procrastination…) prévenant toute résolution du vrai problème.
Les démarches administratives
Revenir dans son pays d’origine implique de plus la réalisation d’un certain nombre de formalités administratives, qui parce qu’elles sont rendues longues et difficiles par la particularité des impats, n’aident pas à se sentir à sa place ! Néanmoins, elles sont une des étapes nécessaires à l’intégration.
Le logement
La question du logement est prioritaire car elle permet la réalisation de nombreuses démarches administratives comme l’inscription des enfants à l’école et constitue un premier pas vers la création des nouvelles racines et de nouveaux contacts. Le nouveau ‘Home Sweet Home”est très important notamment pour les enfants qui “subissent” souvent le retour.
La carrière
De nombreux expatriés ressentent des difficultés au moment de mettre à jour leur CV des expériences acquises à l’étranger. En effet, l’enrichissement humain lié à ces expériences est souvent l’ingrédient fondamental mais peut sembler ‘pauvre’ une fois mis au format d’un CV… De plus les compétences utiles à l’étranger ne sont pas forcément celles utiles dans son pays d’origine ou les besoins techniques, technologiques, relationnels, linguistiques… sont différents.
Quelques pistes pour surmonter le choc du retour
Le choc du retour est, comme je vous l’ai précisé ci-dessus, malheureusement quasiment inévitable. Néanmoins voici quelques actions positives qui permettent d’en réduire l’impact :
- Clore votre vie d’ expatrié (dire au revoir à tous, collecter tous les souvenirs qui vous serons nécessaires, faire toutes les actions prévues, célébrer votre départ…), pour boucler la boucle et pouvoir repartir vers une nouvelle expérience.
- Savoir que ce “roller coaster émotionnel” est normal et qu’ il s’appelle choc culturel du retour.
- Utiliser des outils de gestion de la différence culturelle (se réadapter aux codes de communication, d’habillement, de rythme…)
- Prendre soin de vous à tous les niveaux et ne pas laisser la place aux mécanismes d’auto-sabotage. Félicitez vous de toutes vos avancées.
- Rester en contact durant l’expatriation avec votre employeur dans le pays d’origine afin de suivre les évolutions techniques, technologiques, manageriales et de garder le lien…
- Partager votre expérience avec d’autres impats qui sont là encore “dans le même bateau” mais qui sont actifs et positifs (attention aux relations toxiques qui vous tireraient vers le bas !).
- Renouer contact avec les amis que vous avez envie de revoir.
- S’engager dans des activités que vous aimez et permettant de rencontrer de nouvelles personnes,… et pourquoi pas en rapport à l’ expatriation.
- Rester un citoyen du monde en suivant les actualités internationales.
- Écrire votre histoire, vos pensées, vos émotions.
- Être conscient des impacts du retour sur vous-même et les autres systèmes : familiaux, amicaux, professionnels… Un exemple dans le contexte de la famille élargie : votre nouvelle proximité et place aura forcement un impact sur l’ équilibre qui s’ était établi durant votre absence.
- Réapprendre votre culture d’origine et ceci, au travers de tous vos sens. Lire les auteurs locaux, voir les films locaux, manger local, écouter de la musique locale…
- Partagez vos idées avec des experts avant de prendre des décisions fondamentales durant les premiers mois après le retour.
Et surtout gardez en tête que vous disposez grâce à votre expérience internationale d’une capacité unique de pensée créative et d’action. Vous avez développé une résistance physique, une capacité d’adaptation, une flexibilité, une intelligence relationnelle et émotionnelle vous permettant plus de possibilités de communication… Faites l’exercice de lister toutes les qualités que vous avez développées et les compétences que vous avez acquises durant vos années d’expatriation et vos premières expériences du retour. Votre expérience est unique et vous rend unique !
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Vous souhaitez mieux vivre votre retour d’expatriation ? Je vous accompagne…
Caroline Carlicchi – Coach de Vie Certifié – 06 95 19 95 32 (Versailles – France)



Faisons le point sur les émotions, elles nous accompagnent au quotidien depuis notre plus tendre en enfance. Pourtant les connaît-on bien ?